D'où viennent les déchets qui arrivent en continu dans le canal ? Et que peut-on y faire?

Année après année, le volume de déchets qui traînent dans nos rues augmente. Est-ce lié à la production croissante de plastique ? Ou à l’industrie et aux supermarchés qui se battent contre des mesures environnementales plus strictes ? Pourquoi la situation dérape-t-elle et y a-t-il encore une sortie de secours pour échapper à cette pollution catastrophique ?

En octobre 2020, nous nous sommes demandé qui étaient les principaux pollueurs du canal à Bruxelles. D’où viennent tous ces emballages ? Le résultat, un top 16 où des entreprises bien connues telles que Coca-Cola, Mars, Mondelez, Pepsico, Nestlé et Unilever ainsi que les supermarchés occupent des places de choix. Ce ne fut naturellement pas une surprise puisque ces même entreprises figurent toujours en haut des listes des organisations de cleanups à travers le monde entier. Coca-Cola est, depuis trois ans déjà, le numéro 1 de l’audit mondial des marques de l’organisation “Break Free From Plastic”.

Break Free From Plastic Brand Audit 2020

Ces entreprises et supermarchés produisent des emballages à usage unique à un rythme inédit et inondent le monde. Il n’est plus possible de se promener dans sa ville, dans la nature, le long d’une rivière ou sur la plage, de nager dans la mer sans être confronté aux déchets plastiques. Chez soi ou en vacances, ce problème est réellement mondial et certains pays sont plus impactés que d’autres. Et pourtant, les grands pollueurs sont partout les mêmes.

D’où vient l’idée du recyclage?

Ces derniers temps, on parle beaucoup de la pollution plastique dans nos rues et surtout dans les océans. Mais ce n’est pas la première fois que ce problème est sous les projecteurs. Avec la production à grande échelle, le plastique ne fit pas seulement son apparition sur le marché mais aussi dans les rues, en tant que déchet. Dans les années 70, l’opinion publique aux États-Unis commença à basculer contre ce matériel inutilisable après emploi. L’industrie du plastique se mit alors à investir des millions dans des campagnes autour du recyclage, tout en pointant du doigts ceux qui jettent les déchets en rue comme cause principale du problème. Le but était de placer la responsabilité auprès des consommateurs afin de pouvoir continuer à produire du plastique en toute impunité. Ces campagnes visaient à donner l’impression que les déchets sont tous réutilisés et qu’il n’y a donc aucune raison d’arrêter de consommer du plastique. Plusieurs décennies se sont écoulées depuis et seulement 9% du plastique jamais produit dans le monde a été recyclé. Et de ces 9%, la majeure partie est “downcycled”, c’est-à-dire transformée en un produit de moindre qualité qui, dans beaucoup de cas, ne peut être ensuite recyclé une seconde fois.

Comment cela se passe-t-il en Belgique?

Ces campagnes couronnées de succès, la production de plastique a constamment augmenté pour atteindre aujourd’hui 380 millions de tonnes par an, dont 40% sont destinés à l’usage unique. Le monde en est littéralement inondé. Le lobby du plastique n’a pas relâché ses efforts en terme de campagnes non plus et les tactiques sont partout pareilles: mettre l’accent sur le recyclage et la responsabilité quant aux déchets sauvages sur les consommateurs. En Belgique, l’industrie et les supermarchés sont représentés par Comeos, Fevia et Fost Plus (responsable du sac bleu). Ils sont à l’origine de campagnes de sensibilisation telles que De Mooimakers en Flandres et Be Wapp en Wallonie, et ils soutiennent des organisations de nettoyages d’espaces publiques. En plus du FOCUS autour du recyclage, ils revendiquent plus de contrôles et des amendes plus importantes pour ceux qui jettent des déchets en rue, et ils lancent des appels à volontaires pour les inciter à nettoyer leur propre quartier. Leur message: si tu jettes tes déchets dans la bonne poubelle, ils pourront le recycler. Et avec le nouveau sac bleu, ils pourront recycler encore plus de plastique.

Bien entendu, le recyclage du verre, du metal, du papier et du plastique est d’une importance capitale. Les précieuses matières premières doivent être réutilisées. Mais le recyclage du plastique n’est pas la solution miracle pour nous sortir de cette crise environnementale car, contrairement au verre et au metal, beaucoup d’emballages plastiques ne sont pas recyclables et ceux qui le sont perdent souvent en qualité pendant le processus. De plus, une grande partie de nos déchets plastiques sont envoyés vers des pays pauvres où ils polluent l’environnement soit parce qu’ils ne peuvent pas être recyclés, soit parce qu’ils le sont mais dans des conditions déplorables. Il faut aussi mentionner qu’en raison du prix très bas du pétrole, il est aujourd’hui plus couteux de produire du plastique recyclé que du plastique vierge.

L’industrie et les supermarchés mettent leurs produits sur le marché, et là s’arrête leur responsabilité, simple et bon marché. Dans certains pays, ils payent une contribution mais ils ne doivent pas se charger eux-même du ramassage ni de la réutilisation des emballages comme ce serait le cas avec des formules réutilisables. D’ailleurs, ils s’opposent par tous les moyens au système de consigne, à un plus grand pourcentage de plastique recyclé dans leurs emballages et à une plus grande contribution financière pour le ramassage et traitement des déchets. Aux Pays-Bas, le montant investit par l’industrie dans les campagnes contre le système de consigne durant les dernières décennies est supérieur à la somme qu’elle devrait débourser pour le mettre en place, comprenne qui pourra. En Belgique, l’industrie paie une contribution pour le ramassage des déchets via Fost Plus, selon le principe du pollueur-payeur. L’idée initiale était noble mais au fil du temps, cette contribution financière s’est peu à peu transformée en outil de lobbying, avec une forte emprise sur les autorités qui ont déjà tenté d’introduire le système de consigne mais sans succès. Pourtant, il est prouvé que la consigne sur les bouteilles en plastique et les cannettes est un moyen de lutte efficace contre les déchets sauvages, dont ils constituent 40%. Il permet d’atteindre un haut pourcentage de plus de 90% en terme de récupération des emballages de boissons et donc de réduire fortement le dépôt sauvage de ce type de déchets. C’est une étape logique contre la pollution plastique que les autorités doivent rapidement mettre en place.

L’industrie et les supermarchés sont-ils les seuls méchants dans cette histoire?

Aujourd’hui, la sensibilisation se concentre surtout autour du dernier stade de vie du plastique, lorsqu’il devient un déchet et se retrouve en rue ou dans la nature. Mais le plastique pollue l’environnement tout au long de son cycle de vie. Son histoire commence en fait avec l’industrie pétrochimique, un acteur moins connu mais pourtant très important. Le pétrole et le gaz sont les matières premières du plastique, dont une grosse part du gaz de schiste polluant et bon marché vient des États-Unis. Suite à la sensibilisation grandissante autour du changement climatique, qui mène à une consommation croissante des énergies renouvelables et des voitures électriques, la demande pour le pétrole diminue. Mais que font les géants du pétrole pour continuer de grandir ? Ils tablent sur la production de plastique, qui n’était à l’origine qu’un produit secondaire de ce secteur. À travers le monde, 340 milliards euro vont être investis dans les cinq prochaines années pour augmenter la capacité de production du plastique. Les plans de Ineos pour la construction d’une usine chimique dans le port d’Anvers est un bel exemple de ces investissements, qui doivent permettre de doubler la production d’ici 10-15 ans et de la tripler d’ici 2050. “Il est absurde que l’industrie du plastique pense pouvoir doubler leurs émissions de CO2 alors que le reste du monde s’efforce de les réduire à zero.”, dit Kingsmill Bond de Carbon Tracker. Tous les efforts pour contrer le changement climatique seraient réduits à néant si toujours plus de pétrole était utilisé pour produire toujours plus de plastique.

Que peut-on faire?

Il faut sortir du cercle vicieux du plastique à usage unique en rendant l’industrie et les supermarchés pleinement responsable pour la récolte, le recycle et la réutilisation des emballages, en les obligeant à privilégier des emballages réutilisables, en interdisant les emballages non-recyclables ainsi que les symboles trompeurs qui laissent croire que les emballages sont recyclables quand ce n’est pas le cas.

Si on attend que l’industrie agisse dans le bon sens, rien ne changera. Vous voulez aider ? Communiquez aux autorités votre mécontentement avec la situation actuelle, réclamez la mise en place d’un système de consigne et soutenez les organisations qui se battent pour.

Il existe aussi de nombreuses actions de nettoyages qui sont une belle manière de sensibiliser et de prendre la mesure de l’ampleur du problème. Mais on ne peut pas les considérer comme une solution et, sans la bonne information, elles peuvent même contribuer à renforcer l’idée que les seuls responsables de cette pollution sont ceux qui jettent leurs déchets en rue et dans la nature. Si tu décides de participer à une telle action, renseigne-toi d’abord pour savoir qui l’organise et quelle en est la motivation.