Déversements d'eau polluée dans la Senne et le canal

Dans un avenir proche, la Senne sera réouvert à ciel ouvert dans le parc Maximilien. Avec l’agrandissement du parc, cela créera un endroit où les gens pourront se rapprocher de la nature et de l’eau en ville. Il s’agit également d’une action symbolique visant à rompre avec les erreurs du passé. En effet, la Senne fût utilisée comme égout à ciel ouvert et ensuite recouverte il y a 150 ans. Cependant, la Senne est-elle réellement prête à être à nouveau ouverte au centre-ville dès aujourd’hui ? Est-elle exempte de rejets d’eaux usées ? La réponse est non, la Senne et le canal sont pollués par les eaux usées qui débordent tout au long de l’année en cas de pluie. Ces rejets constituent un problème environnemental majeur qui affecte l’écosystème, diminue le taux d’oxygène dans l’eau et injecte des déchets plastiques et des millions de microplastics dans la nature. En outre, ils peuvent entraîner des problèmes de santé pour la population. Trouvez, ci-dessous, le nombre de débordements au cours des dernières années.

Nombre de déversements à Sainctelette:

2020:

Dans le canal: 21 jours
Dans la Senne: 79 jours

Précipitation: 753 mm

2021:

Dans le canal: 19 jours
Dans la Senne: 100 jours

Précipitation: 1058 mm

2022:

Dans le canal: 19 jours
Dans la Senne: 80 jours

Précipitation: 637 mm

2023:

Dans le canal: 32 jours
Dans la Senne: 66 jours

Précipitation: 1011 mm

Vous souhaitez en savoir plus sur l’évolution des débordements au fil des années ? Plus d’informations peuvent être trouvées à la fin de cet article.

Déversements en janvier 2024

Sainctelette:

0
Dans le canal
0
Dans la Senne

Maelbeek:

0
Dans la Senne

Les débordements d’égouts sont dus aux choix du passé. Notamment, la création d’un système d’égout unitaire où l’eau polluée et l’eau de pluie se mélangent au sein de la même évacuation. Le choix de connecter toutes les eaux pluviales à cet égout est également source de problèmes. Toutes les eaux de pluie provenant des toits, des rues et des places de la ville s’écoulent directement dans le réseau d’égouts. Lors de grosses averses, les eaux usées s’écoulent alors sans traitement dans la Senne et le canal car le système d’égouts ne sait pas gérer la quantité d’eau. Cela se produit entre 80 et 100 jours par an. Nous parlons, chaque année, d’un volume combiné total de 10 millions de m3 d’eaux usées rejetées dans la Senne et le canal. Pour mettre cela en perspective, Paris rejette aujourd’hui 2 millions de m3 d’eaux usées par an dans la Seine, Copenhague 3 millions de m3 dans ces cours d’eau et son port. Ces deux villes réduiront bientôt ces rejets à zéro. 

En plus des 10 millions de m3 d’eaux usées à Bruxelles, 6 millions de m3 d’eaux usées supplémentaires sont déversées dans la Senne via la station d’épuration. Avant d’être rejeté cette eau est passé seulement par la filière d’eau de pluie avec un traitement léger car les stations d’épurations ne savant pas gérer le volume d’eau en cas de pluie plus intenses. Il s’agit donc d’une grande partie du volume de 125 millions de m3 d’eaux usées traitées à Bruxelles chaque année. Le raccordement des eaux de pluie au réseau d’égouts n’est pas seulement une erreur du passé, il se produit encore aujourd’hui. Les places Rogier, Jourdan et la porte d’Anvers, récemment réaménagées, en sont de bons exemples. Nous avons déjà écrit une Lettre Ouverte en 2021 et une Vidéo-Lettre Ouverte en 2022 au gouvernement bruxellois pour lui faire part de la situation et lui demander plus d’ambition face au problème. Ces lettres ont été signées par de nombreuses autres organisations. Nous publions également le nombre de débordements d’égouts chaque mois et nous vous invitons à observer en direct sur notre page d’accueil si les égouts débordent ou non.

Vidéos des déversements d'eau polluée à Sainctelette

Il existe une centaine de déversoirs à Bruxelles, dont trois représentent 75 % du volume des eaux usées déversées. Il s’agit des déversoirs de Sainctelette (Paruck), Molenbeek et Maelbeek. Examinons de plus près celui de Sainctelette. Lorsqu’il pleut, toute l’eau de pluie entre dans l’égout et le niveau de l’eau dans l’égout augmente. Lorsque les eaux usées atteignent un certain niveau, elles se déversent dans la Senne via le trop-plein et un siphon qui passe sous le canal. Ce siphon est le conduit d’égout initial qui reliait le réseau d’égouts à la Senne avant la construction des deux stations d’épuration des eaux usées en 2000 et 2007. En effet, jusqu’en 2007, la plupart des eaux usées de Bruxelles s’écoulaient sans traitement vers la rivière. Lorsque le niveau d’eau dans les égouts continue de monter, malgré le rejet dans la Senne, le deuxième niveau de sécurité est atteint et l’eau s’écoule directement dans le canal. Ce, sans grille ni retenue des déchets, de sorte que tout, y compris les rats, se retrouve dans le canal avec l’eau polluée.

Schéma du déversoir d’orage à Sainctelette (Paruck).

À quoi ressemble un déversoir d'orage ?

Evolution des débordements d'égouts

Pour cartographier le nombre de débordements, nous comptons le nombre de jours où le déversoir fonctionne à un débit significatif. Une journée avec plusieurs débordements est compté comme un seul évènement. En 2022, il y a eu +/- 7 déversements d’eaux usées par mois dans la Senne, alors qu’un déversoirs d’orage ne devrait normalement être utilisé que quelques fois par an. Parfois, ces déversements se poursuivent pendant plusieurs heures. 

Les améliorations apportées aux infrastructures des déversoirs peuvent réduire le nombre de débordements. Par exemple, le seuil du déversoir de Maalbeek a été relevé en 2020, le faisant passer du nombre 87 en 2019 à 33 en 2021. Le déversoir de Sainctelette vers la Senne a également été amélioré en 2022 et a permis de réduire drastiquement les débordements, comme on peut le voir dans le graphique. Ces améliorations garantissent qu’une plus grande quantité d’eaux usées reste dans les égouts, ce qui augmentent ainsi la quantité d’eaux usées qui arrivent dans les stations d’épuration, mais cela peut entraîner davantage de débordements dans les stations d’épuration elles-mêmes. Aujourd’hui, les stations d’épuration rejettent chaque année 6 millions de m³ d’eaux usées dans la Senne.

L’ampleur des débordements est bien entendu corrélée à la quantité et à la répartition des pluies tombées cette année-là. 2023 a été une année très humide et les débordements dans le canal ont donc augmenté. Bien que 2021 ait été une année très humide, cela n’a pas affecté le nombre de débordements vers le canal. Cela peut s’expliquer par le fait que bien qu’il ait plu davantage, la pluie s’est répartie sur plus de jours. Il n’y a donc eu moins de pluies extrêmes qui ont menées à des débordements. 

Quelle est la solution ?

Pour répondre à cette question, nous avons organisé une conférence le 6 mars 2023 avec des intervenants de Copenhague, Paris, Londres et Bruxelles. Le problème des débordements d’égouts et des inondations n’est pas seulement un problème bruxellois. Paris s’est fixé pour objectif de rendre la Seine nageable pour les Jeux olympiques d’ici 2024. Plusieurs disciplines de natation se ayant lieu dans le fleuve. À cette fin, la ville travaille d’arrache-pied pour réduire à zéro les rejets d’eaux usées d’ici là, grâce à un plan d’un coût de 1,2 milliard d’euros. Londres est aujourd’hui confrontée à un volume excédentaire annuel de 110 millions de m3. C’est pourquoi elle construit actuellement un super égout sous la ville qui devrait être achevé d’ici 2025 et coûtera 5 milliards d’euros. Ce grand égout réduira le volume de débordement de 95 % et le ramènera à 5 millions de m3 par an. Copenhague rejette chaque année 3 millions de m3 d’eaux usées dans l’environnement naturel. Cependant, les inondations, comme celle de 2011 qui a causé 1 milliard d’euros de dégâts, constituent une plus grande préoccupation. C’est pourquoi la ville a élaboré le Cloudburst Management Plan, un plan ambitieux dont le coût s’élève à 1,5 milliard d’euros. 350 projets différents répartis dans toute la ville devraient la protéger des inondations et des débordements d’égouts, tout en créant de nouveaux espaces publics de qualité.

A quoi ressemble un bassin d'orage ?

Contrairement à ces villes étrangères, Bruxelles ne s’est pas encore fixé d’objectif précis pour réduire les 10 millions de m3 de débordements à terme. Cependant, les déversoirs d’orage sont modifié légèrement, des études sont menées pour éventuellement utiliser les bassins d’orage de manière dynamique et il est question de gestion intégrée des eaux pluviales. Il y a aussi le plan de gestion de l’eau, sur lequel beaucoup de travail a été réalisé afin de répondre à l’exigence européenne selon laquelle tous les cours d’eau doivent atteindre un bon état chimique et écologique d’ici 2027. Bruxelles n’y parviendra probablement pas pour 2027, ni pour 2033, la prochaine échéance. Le plan propose un grand nombre de mesures sans qu’il y ait vraiment de projets spécifiques pour une rue, une place ou un bassin d’orage. Le plan est également élaboré par les acteurs régionaux, les communes avec leur propres plans semblent en être absentes. Un bon exemple est celui de la ville de Bruxelles (Bruxelles, Laeken Neder-Over-Heembeek, Haren) qui souhaite déconnecter 250 000 m2 de toits du système d’égouts d’ici 2030. Compte tenu de la structure complexe de la région de Bruxelles, qui compte 19 communes, il semble impossible d’élaborer un plan unique pour l’ensemble de la ville. Entre-temps, le changement climatique entraînera des précipitations plus intenses et le problème ne fera que s’aggraver.

Alors, qui prendra l’initiative d’unir toute la ville derrière un objectif commun et ambitieux ?